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Les entrepreneures en temps de COVID-19

Le 23 juin 2020

La crise sanitaire est arrivée sans crier gare. Elle a surpris et touché tout le monde. Néanmoins, on ne peut ignorer qu’elle ne touche pas tout le monde de la même manière.

De nombreuses études démontrent que les femmes sont plus massivement affectées dans leur vie professionnelle à la fois en termes de perte d’emploi mais aussi d’exposition au risque et au stress étant donné qu’elles représentent une grande majorité du personnel de la santé et qu’on les retrouve aussi largement dans les autres services essentiels.

Pour ce qui est des entrepreneures, là aussi, la crise les a frappées de plein fouet. Plusieurs études laissent penser qu’elles subissent et/ou vont subir davantage les contrecoups.

La crise de la COVID-19 ne touche pas les hommes et les femmes de la même manière. Les réalités sont néanmoins multiples. Il primordial de s’intéresser à toutes les entrepreneures, notamment aux plus vulnérables en intégrant une approche genrée et intersectionnelle.

Impacts de la crise sur l’entrepreneuriat féminin

Selon un sondage réalisé par Femmessor en avril dernier, une entrepreneure sur cinq pense que son entreprise aura de la difficulté à se relever de la COVID-19.

« La situation actuelle est très préoccupante, alors que nous voyons se détériorer une partie du tissu économique féminin si durement acquis dans les dernières années. Depuis le début de la crise, les entreprises à propriété féminine ont affiché en moyenne des pertes financières de 84 000 $ de la mi-mars à la mi-avril. D’ailleurs, près de 50 % des entrepreneures sont en recherche active de financement. Après avoir épuisé le recours aux aides gouvernementales, les besoins en financement se chiffrent en moyenne à 54 000 $ » mentionne Sévrine Labelle, PDG de Femmessor. (Voir l’article complet.)

L’EPA (Enquête sur la population active) d’avril montre que les petites entreprises souffrent le plus de la crise actuelle. Or, comme le révélait l’Indice entrepreneurial québécois de 2017, c’est précisément dans celles-ci que se concentre l’entrepreneuriat féminin.

Par ailleurs, comme on le soulignait dans notre article précédent, les entrepreneures ont généralement moins de capital et œuvrent dans le secteur des services, un des secteurs qui a été le plus touché par les mesures de confinement.

C’est d’ailleurs ce que confirme le rapport de la Canadian Women’s Chamber of Commerce, publié le 13 mai 2020 : 61 % des entreprises détenues par des femmes ont perdu des contrats ou des clients, contre une moyenne de 34 % pour l’ensemble des petites entreprises canadiennes.

Conciliation travail/famille & charge mentale

Pour ce qui est des entrepreneures mères, la conciliation travail / famille est déjà souvent un défi à la base, mais qu’en est-il en temps de pandémie ?

Si le télétravail est d’ordinaire privilégié par certaines entrepreneures pour leur permettre d’avoir une meilleure flexibilité et de mieux concilier leur vie professionnelle et familiale. En période de confinement, c’est une toute autre réalité. On le sait, les mères assument encore aujourd’hui une plus grande part de la charge familiale et domestique et de nombreux témoignages laissent à penser qu’avec le confinement, l’écart ne fasse que se creuser. De plus, les mères sont également plus nombreuses parmi les personnes monoparentales.

Comment se consacrer pleinement à notre entreprise quand la charge nous incombe d’occuper, nourrir, prendre soin, instruire, divertir les enfants à la maison ?

Le rapport de la Canadian Women’s Chamber of Commerce dévoile des statistiques fort éloquentes à ce sujet : 53 % des femmes entrepreneures ont dû composer avec un fardeau familial additionnel, contre 12 % pour les hommes entrepreneurs.

Globalement les femmes font face à une charge mentale prépondérante et décuplée en cette période. Comme le dit Léa Clermont-Dion : “le  care se retrouve trop souvent dans la cour des femmes” et bon nombre d’entre-elles sont aussi appelées à s’occuper, à distance, des personnes aînées, à qui l’on recommande de ne pas sortir.

Des fondatrices qui se retroussent les manches

Malgré tout, les entrepreneures font preuve de résilience et 78 % se disent confiantes ou très confiantes en l’avenir (selon le sondage de Femmessor).

Certaines d’entre-elles ont pu faire pivoter leur entreprise en changeant leur produit, leur clientèle ou leur façon de procéder. Certaines ont d’ailleurs réinventé leur entreprise en en faisant un service essentiel, voire en répondant directement à la crise sanitaire (production de gel désinfectant ou de masque). Ainsi, pour 18,3% des entrepreneures sondées, la crise s’est transformée en opportunité de croissance.

L’étude de Femmessor met en avant le dynamisme de toutes les entrepreneures qui travaillent d’arrache-pied pour trouver des solutions, se réinventer, maintenir le cap ou tout simplement survivre.

C’est d’ailleurs regrettable qu’elles ne soient pas plus mises en avant dans les médias. Le Journal de Montréal qui titrait sa une du 6 juin 2020, Le Québec inc. se réinvente, ces entrepreneurs qui ne se laissent pas abattre mettait en lumière des portraits exclusivement masculins, alors qu’il y aurait eu tant de belles initiatives à mettre en avant du côté des femmes également.

Tout cela démontre qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à l’égalité. Celle-ci passe inévitablement par un changement des représentations associées à l’entrepreneuriat.

Les femmes sont finalement doublement touchées : leurs entreprises sont plus exposées et quoi qu’elles fassent, elles restent souvent invisibles.

Des entrepreneures aux réalités multiples

La crise ne touche pas toutes les entrepreneures de la même façon. Si certaines ont pu tirer leur épingle du jeu (et c’est tant mieux), d’autres sont également plus vulnérables.

Comme le rappelle Dorothy Rhau dans un article plus général :  « Les femmes noires sont celles qui sont les plus impactées par la COVID-19 pour des raisons économiques et sociales. […] Si nous défendons la cause des femmes, nous devrions prêter notre voix à TOUTES les femmes. »

Il est donc intéressant de voir quelles sont les répercussions en entrepreneuriat auprès de différentes communautés. Certains enjeux peuvent s’avérer différents ou plus importants en raison de réalités différentes.

D’ailleurs le rapport complet de la Canadian Women’s Chamber of Commerce amorce cette réflexion en montrant les impacts pour l’ensemble des répondant.e.s, pour les femmes, puis pour les personnes immigrantes, racisées, autochtones, réfugiées, issues de la communauté LGBTQ+, ainsi que pour les personnes en situation de handicap. On se rend bien compte que certains enjeux sont plus déterminants ou criants pour certains groupes de femmes.

Aussi, c’est primordial de s’intéresser à toutes les femmes entrepreneures et de travailler de concert avec chacune pour être en mesure d’adresser les bonnes problématiques et de répondre aux besoins ciblés.

 

Le sondage de Femmessor révèle que seulement 20 % des répondantes comptent se prévaloir des mesures d’aide gouvernementales. Une grande proportion dit ne pas se qualifier aux programmes. Et pour celles qui restent, elles ne savent pas encore si elles pourront profiter de ces mesures et si, même, elles répondent à leurs besoins.

D’où l’importance pour les gouvernements et les organismes de soutien d’être à l’écoute et d’avoir une bonne compréhension des différents enjeux.

Le 16 mai 2020, le gouvernement fédéral annonçait un fond de 15 millions de dollars en financement supplémentaire pour soutenir les femmes entrepreneures par l’entremise de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE). C’est une bonne nouvelle mais ce fond à lui seul risque d’être insuffisant. Il faut une cohérence dans l’ensemble des mesures, en intégrant dans chaque plan de relance une analyse comparative entre les sexes plus (ACS+), sinon nous risquons bel et bien de perdre les acquis des dernières années en termes d’entrepreneuriat féminin et de ne pas être non plus en mesure d’adresser les enjeux intersectionnels.

Sources

Dorothy Rhau, Une pour toutes, toutes pour une, Gazette des femmes, 28 mai 2020.

Léa Clermont-Dion, À bout de souffle, Gazette des femmes, 28 mai 2020.

Louise Champoux-Paillé, L’ADS, un outil essentiel pour l’après-pandémie, Gazette des femmes, 28 mai 2020.

Marie-Hélène Provençal, Impacts économiques de la pandémie sur les femmes, Conseil du statut de la femme, 28 mai 2020.

Noémie Mercier, Une crise genrée exige une réponse genrée, L’actualité, 25 mai 2020.

Regard sur l’entrepreneuriat féminin en période de COVID-19, Femmessor, avril 2020.

Falling Through The Cracks, immediate needs of canada’s underrepresented founders, Canadian Women Chamber of Commerce, mai 2020.

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