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L’entrepreneuriat : une culture à transformer

Le 4 janvier 2021

La culture entrepreneuriale a tendance à valoriser un modèle type d’entrepreneur.e.s. Que ce soient les médias, les politiques publiques ou plus largement l’écosystème entrepreneurial, tous mettent de l’avant une certaine forme d’entrepreneuriat, laissant de côté bon nombre de propriétaires d’entreprise.

Or, l’entrepreneuriat revêt de multiples facettes et chacune d’entre elles est créatrice de valeurs pour la société. D’ailleurs pourrait-on repenser l’archétype du « bon entrepreneur » à la lumière du développement durable et de l’inclusion?

Éclater l’archétype du « bon entrepreneur »

La culture entrepreneuriale actuelle reste encore profondément dominée par une image conquérante : quête de la croissance et du profit, performance économique, visées internationales, travail acharné. Dans l’imaginaire collectif et individuel, la notion d’entrepreneuriat reste associée plus naturellement à des hommes blancs.

Certains secteurs sont plus valorisés que d’autres (secteurs à forte croissance, innovations technologiques), ce qui exclut d’emblée certain.e.s entrepreneur.e.s, notamment de nombreuses femmes.

Cet archétype du « bon entrepreneur », brandi comme seul modèle valide, comme le modèle à suivre, est à la fois réducteur et nocif. D’une part, ce modèle ne correspond pas du tout à la réalité. Dans les faits, cela représente un petit pourcentage de l’entrepreneuriat, qui s’incarne bien davantage dans l’entreprise individuelle, le travail autonome non constitué en société et la petite entreprise. « Ainsi, d’après une étude menée par BDC, la croissance du nombre d’entreprises est portée, ces dernières années, en très grande partie par les microentreprises et seulement 2 % des moyennes entreprises canadiennes parviennent chaque année à devenir de grandes entreprises, c’est-à-dire à dépasser la barre des 500 employés. »1 D’ailleurs à ce sujet, l’Indice entrepreneurial québécois de 2019 révélait « que la majorité des personnes ayant l’intention de se lancer en affaires envisage une entreprise individuelle ou un statut non enregistré de travailleur autonome ».2

D’autre part, promouvoir un modèle unique ne permet pas à l’ensemble des entrepreneur.e.s de bénéficier d’un accompagnement équitable et adapté. D’où l’importance d’éclater cet archétype et de donner une définition plus large à l’entrepreneuriat en incluant le travail autonome, mais aussi l’entrepreneuriat autochtone, l’économie sociale, l’agriculture, l’art. Il convient aussi de développer des modèles commerciaux axés davantage sur la stabilité que sur la croissance et d’intégrer une approche genrée et intersectionnelle. Cela permettra d’accroître et de personnaliser le type de soutien nécessaire aux différents parcours entrepreneuriaux. Il est d’ailleurs important de préciser que les femmes sont particulièrement présentes dans les secteurs qui ont tendance à être exclus de la définition de l’entrepreneuriat (hormis pour l’agriculture) et que ne pas en tenir compte participe à leur invisibilité et à la non-prise en compte de leurs besoins. Les obstacles que les femmes rencontrent s’intensifient, du reste, lorsqu’elles sont racisées, immigrantes, autochtones, en situation de handicap ou issues des minorités de genre et des communautés LGBTQ2+.

Repenser l’écosystème de soutien

L’écosystème de soutien est évidemment orienté selon le modèle privilégié. Comment prendre en compte la dimension plurielle de l’entrepreneuriat et mieux accompagner une diversité d’entrepreneur.e.s?

Aujourd’hui encore, les bailleurs de fonds, les banques, les actionnaires ont tendance à réduire la performance d’une entreprise au profit, à la forte croissance et à l’innovation technologique. Or, la performance est relative aux objectifs de chaque entrepreneur.e.  Aussi, les indicateurs clés de réussite englobent d’autres critères comme la pérennité de l’entreprise, la création d’emplois, l’autonomie, l’indépendance financière, la mission sociale, l’impact dans la communauté, l’amélioration de la qualité de vie, etc.).

Les politiques fiscales sont déterminantes en entrepreneuriat, mais peu d’études ont analysé ce sujet sous l’angle du genre, pourtant certaines politiques peuvent avoir une incidence directe. « Au Canada, par exemple, un abonnement à un club de golf peut constituer une dépense d’entreprise légitime, ce qui n’est pas le cas des services de garde d’enfants.  »3 Pourtant, la garde d’enfant est un enjeu considérable pour les entrepreneures mères. Des spécialistes appellent à considérer ce service comme un service essentiel.

Par ailleurs, quand on s’intéresse de plus près aux actions mises en place pour aider certains groupes, notamment les femmes, ces actions cherchent, bien souvent, davantage à les faire rentrer dans un moule qu’à s’adapter à leurs réalités multiples et à leurs besoins. On cherche à les encourager à être plus présentes dans les secteurs de pointes, à faire croître davantage leur entreprise, à viser l’international, etc. C’est une excellente chose de les outiller, de donner les moyens, les mêmes chances d’y arriver à celles qui visent ce type de développement. Toutefois, il faut également prendre garde à ne pas les conformer à un type d’entreprise qui ne correspond pas nécessairement à leurs velléités entrepreneuriales. Les programmes de soutien reposent sur l’hypothèse selon laquelle tou.te.s les entrepreneur.e.s aspirent au développement de leur entreprise, ce qui n’est pas toujours le cas. Et si les femmes sont largement concernées, cela vaut bien évidemment pour les hommes aussi.

Intégrer la dimension sociale et environnementale

Que ce soit la pandémie actuelle ou la situation climatique, ces crises nous invitent à un changement de paradigme : entreprendre pour le bien commun, se soucier de l’impact social et environnemental.

Comment inciter l’ensemble des entrepreneur.e.s à devenir avant tout agent.e.s du changement? Comment promouvoir un entrepreneuriat plus responsable?

À cet égard, l’économie sociale joue un rôle central et, de plus en plus, l’écosystème tout entier commence à intégrer ces enjeux. Certains fonds, banques ou programmes commencent à encourager un entrepreneuriat plus durable, mais cela reste encore à la marge et certains domaines sont oubliés, notamment tout ce qui touche à l’aspect plus social.

De nouvelles méthodes d’évaluation de l’entrepreneuriat commencent à prendre en compte les enjeux de développement durable. Pour permettre d’intégrer cette réflexion sociétale et environnementale en amont de la création d’une entreprise, la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval a tout récemment développé la matrice du modèle d’affaires responsable. C’est un outil de modélisation d’affaires qui intègre une réflexion approfondie sur les défis du développement durable. Cette matrice est une référence en la matière. Son utilisation à grande échelle – à la fois par les personnes développant une entreprise ou un projet, mais aussi par les bailleurs de fonds, les politiques publiques, les programmes d’aide, les banques et toutes les instances financières – permettrait de mieux tenir compte des exigences économiques, sociales et environnementales du XXIe siècle.

 

Pour conclure, afin de mieux soutenir l’ensemble des entrepreneur.e.s, il apparaît essentiel d’éclater l’archétype du « bon entrepreneur » et de valoriser davantage les petites entreprises, le travail autonome, les différents secteurs et notamment la santé, l’action sociale, l’art, l’éducation, les services aux particuliers et aux entreprises, le commerce de détail, l’agriculture. Il convient de mesurer, au-delà de la croissance et du profit, d’autres critères comme la stabilité, l’impact social et environnemental ou encore l’indépendance financière et d’intégrer une approche genrée et intersectionnelle pour mieux accompagner une pluralité d’entrepreneu.e.s.

Finalement, à l’aune de la crise climatique et de la crise sanitaire, s’il devait y avoir des bon.ne.s entrepreneur.e.s, est-ce que cela ne devrait pas être plutôt celles et ceux qui privilégient l’impact social et environnemental et le bien commun?

 

Notes de bas de page

1. [État des lieux de l’entrepreneuriat féminin au Canada 2020, p.16.]
2. [L’Indice entrepreneurial québécois 2019, p.39.]
3. [État des lieux de l’entrepreneuriat féminin au Canada 2020, p.23.]



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