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Leadership féminin versus leadership masculin : entre nature et culture

Le 24 octobre 2018

On parle depuis quelques années de leadership féminin comme une forme de leadership spécifique, que l’on associe davantage à un management basé sur des valeurs dites « féminines » comme la bienveillance, l’intelligence émotionnelle, l’écoute.

Ces valeurs sont de plus en plus mises en avant par nos sociétés. Le management traditionnel se voit, en effet, progressivement remplacer par un management plus horizontal et collaboratif. Cela devient même un enjeu dans l’attraction et la rétention des talents.

Si certain.e.s y voient alors une opportunité pour les femmes de rayonner et de prendre, en quelques sortes et à juste titre, leur revanche ; est-ce que cette dualité de leadership est vraiment pertinente ?

Le leadership a-t-il un sexe ?

Est-ce qu’il y a véritablement une façon de gouverner propre à chaque sexe ? Est-ce que ce n’est pas plutôt une question de personne et d’enracinement culturel ? Et est-ce qu’on ne risque pas de renforcer les stéréotypes de sexes avec un tel discours ? J’entends souvent ce type de propos : “les femmes sont naturellement plus empathiques” ou “les hommes sont naturellement plus fonceurs”. Si les statistiques  peuvent confirmer ces tendances, on confond en revanche nature et culture. Les femmes et les hommes grandissent dans un contexte global (familiale, sociétal, médiatique, politique…) et intègrent (parfois rejettent) consciemment ou inconsciemment un certain nombre de codes. Les femmes ne sont pas “naturellement” plus empathiques, pas plus que les hommes seraient “naturellement” plus fonceurs. Des facteurs sociaux agissent, en revanche sur nos perceptions et notre construction individuelle et collective.

Les managers, quelque soit leur sexe, doivent développer des qualités particulières pour diriger leur entreprise. En France, « des travaux récents basés sur la perception qu’ont les collaborateurs de leur manager souligne le peu de différences entre les deux sexes. Les recherches dépeignent un modèle de management asexué où hommes et femmes partagent les mêmes qualités : charisme, courage, empathie ». (Les 7 vraies ou fausses vérités sur l’entrepreneuriat féminin, point 6. Voir l’article.)

L’altruisme : l’affaire de tous

De même, l’altruisme n’est pas l’apanage des femmes. Si dans les faits, elles ont plus majoritairement l’intention de fonder une entreprise à but non lucratif (10.8 % contre 8.6 % pour les hommes) et qu’elles sont proportionnellement plus nombreuses parmi les propriétaires agissant dans l’économie sociale (7,6 % contre 4,4 % pour les hommes), on constate néanmoins une mouvance générale et une évolution intéressante.

Premièrement, les jeunes sont davantage représentés (le taux de propriétaires qui se disent actifs en économie sociale passe de 5,5 %, à 13,6 % dans le cas des jeunes propriétaires de 18 à 34 ans). Deuxièmement, parmi les individus ayant l’intention de créer ou de reprendre une entreprise, un répondant sur cinq déclare que sa future entreprise sera active en économie sociale. Et les hommes sont cette fois-ci un peu plus nombreux (hommes : 21,7 %, femmes : 17,6 %). De quoi faire taire certains préjugés.

(Sources : Indice entrepreneurial québécois 2017, p.22 et p.29)

Finalement, les femmes comme les hommes veulent donner davantage de sens à leurs actions et entreprennent de plus en plus pour résoudre des problèmes sociétaux.

L’ambition : une vision très personnelle

Les femmes sont-elles moins ambitieuses que les hommes ? On leur reproche souvent d’avoir de plus petites entreprises, de ne pas avoir d’objectifs de croissance, d’avoir plus d’aversion au risque… Ces objections n’ont cependant  pas de raison d’être.

D’une part, parce que les femmes ne sont pas sur un même pied d’égalité. Elles intègrent inconsciemment des représentations moins favorables à leur expansion et font face à des problématiques de gestion de temps et de conciliation travail/famille que les hommes ont moins.

D’autre part, si l’on regarde les femmes à la tête de grandes entreprises. Bien qu’elles soient beaucoup moins nombreuses, elles n’ont rien à envier à leur homologues masculins et sont même souvent plus “ambitieuses” au sens où on l’entend habituellement.

Et dans nos sociétés capitalistes, on a tendance à réduire l’ambition du seul point de vue de la croissance et de la richesse mais en réalité chacun la façonne à son image et selon ses réalités. Femmes comme hommes ont tous leurs raisons d’entreprendre et leur vision de la réussite et de l’ambition. Pour les uns, ce sera être à la tête d’une grosse entreprise ou générer beaucoup d’argent. Pour d’autres, il s’agira de s’accomplir en réalisant ses passions ou encore de s’impliquer pour la communauté et de créer de l’impact.

Finalement, il s’agit surtout de donner aux femmes les mêmes chances et les mêmes outils pour leur permettre d’exploiter leur plein potentiel. Il leur appartiendra, par la suite, de l’exprimer comme elles le souhaitent.

A mon sens et pour reprendre une citation fort à propos : “la véritable ambition n’est pas volonté de puissance, mais de réalisation de soi; elle n’est pas velléité, mais moteur d’action pour avancer en se dépassant” (Voir l’article au complet). Dans le contexte actuel de quête de sens et de prise de conscience d’un développement durable incontournable, il me semble que l’ambition et la réussite sont en train d’être redéfinis et doivent immanquablement intégrer cette notion de bien commun.

 

Alors que fleurit la notion de leadership féminin, ne vaudrait-il pas mieux parler de leadership conscient ou responsable devant être partagé par des entrepreneur.e.s des deux sexes ? Cela n’en reste pas moins une opportunité unique pour les femmes de tirer leur épingle du jeu et de prendre leur place. De par leur socialisation, elles ont majoritairement développé des qualités essentielles aux nouveaux attributs du leadership. Avec de la formation et un accompagnement adapté, elles ont tout pour devenir des leaders d’exception.


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