Femmes&Pouvoir

Femmes et pouvoir : un jeu de rôle pipé

Le 23 mai 2019

La question du pouvoir soulève de nombreuses réflexions et suscitent les passions. Avoir du pouvoir, avoir le pouvoir, avoir l’air d’avoir du pouvoir, exercer le pouvoir, abuser de son pouvoir… De quoi parle-t-on exactement ? Ici, il est question de s’intéresser aux liens et aux représentations ambiguës que les femmes entretiennent avec le pouvoir.

Alors que le rapport au pouvoir ne se résume pas à une question de génétique ou de biologie, les attributs du pouvoir restent néanmoins marqués par un système de pensées profondément masculin.

Bien que les femmes aient massivement investi le marché du travail depuis le 20e siècle, force est de constater que les postes de pouvoir leur sont encore largement fermés et les entrepreneures continuent de souffrir de nombreux préjugés sur leurs capacités à diriger et restent, à bien des égards, décrédibilisées, voire vampirisées par certain.e.s.

Une histoire sexuée du pouvoir

Une répartition du pouvoir discutable

Historiquement, la sexualisation des rôles a abouti à un partage du pouvoir dont il est encore difficile, aujourd’hui, de se défaire totalement. Aux hommes, l’espace public et l’entreprise. Aux femmes, la vie domestique et les enfants. Chacun règne dans son domaine, sauf que ce partage de territoires réduit au minima le champ d’expression et d’influence des femmes.

En parallèle et pour légitimer cette répartition du pouvoir, on évoque des attributs masculins et féminins « complémentaires ». La femme est douce, intuitive, dévouée, sensible. On la confine dans son rôle de mère de famille. L’homme, quant à lui, est fort, rationnel, conquérant. Il endosse le rôle de protecteur, de tuteur, de supérieur hiérarchique.

Même si les choses ont évolué, nous sommes encore profondément marqué.e.s par tout cet héritage culturel.

Le pouvoir par procuration

Ces attributs traditionnels du pouvoir sont intériorisés, respectés, répétés et transmis par automatisme, de façon consciente et inconsciente. Ceci explique que pour certaines femmes l’accès au pouvoir ne passe pas forcément directement par leur propre ascension mais par le fait de d’être avec un homme de pouvoir. Il s’agit là, en quelques sortes, d’un pouvoir par procuration. L’homme de pouvoir représente un ascenseur social et permet d’accéder à un niveau de vie que ces femmes ne se sentent pas capables, à tort ou à raison, d’obtenir par leurs propres moyens.

Double standard et double trajectoire

Même si, aujourd’hui, les femmes sont autant présentes dans le monde du travail que les hommes. Les inégalités persistent, en termes de salaires, en termes de précarité mais aussi et surtout en termes de pouvoir.

Les femmes ne sont pas logées tout à fait à la même enseigne que leurs homologues masculins. Différence de jugement, double standard, les trajectoires se croisent mais ne s’entremêlent pas complètement.

Des attributs de pouvoir différenciés selon le sexe

  • Légitimité
    Les femmes doivent démontrer leur légitimité, là où les hommes devront échouer pour la perdre. D’ailleurs la nature du sexe reste encore évoquée comme raison de l’échec pour une femme : « Elle a échoué car c’est une femme », là où il ne viendrait pas à l’esprit de le mentionner pour un homme.
  • Colère
    Une femme en colère passe clairement pour une hystérique, alors que chez un homme cela s’apparente plus à une menace.
  • Ambition
    L’ambition est vue comme normale ou noble chez un homme, alors que pour une femme on a tendance à l’assimiler plus volontiers à de l’arrogance ou du mépris.
  • Séduction et pouvoir
    Alors que le pouvoir d’un homme attire et qu’il est perçu comme un atout viril ; chez une femme, il fait peur, il repousse. Les femmes de pouvoir sont d’ailleurs souvent critiquées sur leur apparence physique et sur leur manque supposé de « féminité ».

Une ascension pavée d’embûches

Les femmes plafonnent, elles collent au plancher d’une carrière figée ou se cognent contre des parois de verre. Les femmes ont du mal à accéder aux postes de haut niveau ou de direction et quand elles y parviennent, elles se retrouvent souvent dans des filières ou des services considérés comme moins centraux, moins valorisés pour l’organisation (RH, administration, etc.). Il leur devient alors difficile de se déplacer latéralement pour accéder aux secteurs stratégiques (développement produits, finances…). On parle, ainsi, à la fois de ségrégation professionnelle verticale et horizontale (sectorielle).

Des leaders féminins stéréotypés

On oscille entre deux images de la femme de pouvoir diamétralement opposées. D’un côté la femme castratrice. De l’autre, la femme bienveillante, intuitive qui colle à la lettre aux attributs traditionnels de la féminité.

Le cliché de la patronne castratrice : « des femmes pires que les hommes »

Dans de nombreux cas, on diabolise les femmes de pouvoir. On leur reproche d’être castratrices, d’être pires que les hommes. Mais le sont-elles vraiment ? On a tous en tête l’exemple d’une patronne à la Meryl Streep dans le Diable s’habille en Prada ou d’une dame de fer. Le recours systématique à ces représentations ne marqueraient-elles pas, là encore, le double standard.

Il peut évidemment y avoir de l’abus de pouvoir chez certaines femmes, de même qu’il y en a chez des hommes. Pourquoi cela semble déranger davantage quand il s’agit d’une femme et pourquoi vampirise-t-on systématiquement l’autorité d’une femme quand, dans la même situation, celle-ci semble justifiée s’il est question d’un homme ?

Une femme autoritaire est d’emblée vue comme despotique. Ces femmes, que l’on dit adopter les codes des hommes, dérangent car elles remettent en question l’ordre établi.

Le piège du « leadership au féminin »

« Le leadership au féminin » : un sujet très en vogue ces dernières années qui met en avant une façon propre aux femmes de diriger ou d’assumer leur rôle de leader.

« En parallèle de la puissance masculine, l’archétype de la mère, symbole d’empathie, et d’attention bienveillante s’impose comme le modèle d’un nouveau leadership bienveillant tourné vers le développement de ses troupes. « Le leadership au féminin » est centré sur des qualités dites féminines c’est-à-dire la rondeur relationnelle, le sens de l’organisation et de la coopération et de l’écoute. » (Noémie Le Menn (2018), Libérez-vous des réflexes sexistes au travail !, p.67)

A cet égard, le livre Les 7 clés du leadership féminin : diriger avec la tête et le coeur de Janie Duquette est évocateur. Elle y dévoile ce que sont, pour elle, les sept grandes valeurs du leadership féminin. A savoir : « l’authenticité, l’empathie, l’intuition, la créativité, la bonté, le partage et la paix ».

Janie Duquette dévoile son parcours et certains préjugés auxquels elle a été confrontée en tant que jeune femme dirigeante. Son témoignage est à la fois inspirant et éloquent.  Elle partage une vision intéressante de l’entrepreneuriat féminin qui fait écho à son expérience personnelle et qui interpellera probablement de nombreuses autres femmes leaders.

En revanche, cela me semble réducteur de le penser comme un modèle unique. De même qu’il n’y a pas une façon d’être femme, il n’y a pas une façon d’entreprendre au féminin. Si cette vision reconnaît et légitime le pouvoir des femmes, elle les maintient aussi dans un cadre établi.

 

S’il est vrai que les entreprises (et les instances de décisions) ont été pensées par et pour les hommes et qu’il est temps d’impulser un vent de changement dans les façons de faire. Il est également temps de décloisonner le féminin du masculin.

Alors que que les hommes n’ont pas le monopole du rationnel, du courage, de l’autorité ; l’empathie, l’écoute, la collaboration ne sauraient être l’apanage des femmes. Un recours à un pouvoir sain, ne serait-il pas finalement de réussir à user d’un leadership affranchi des vieux diktats où femmes et hommes pourraient montrer un autre visage au pouvoir et l’utiliser avant tout au profit du bien commun ?

Sources

Noémie Le Menn (2018), Libérez-vous des réflexes sexistes au travail !, InterEditions

Janie Duquette (2014), Les 7 clés du leadership féminin : diriger avec la tête et le coeur, Les Editions Transcontinental

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