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Entrepreneuriat féminin : quelle(s) réalité(s) ?

Le 26 juillet 2018

L’entrepreneuriat féminin cristallise autour de lui beaucoup de questionnements et d’énergie depuis quelques années. Néanmoins, en dépit des programmes et des multiples aides que l’on alloue à cette problématique, les femmes restent moins nombreuses que les hommes dans la chaîne entrepreneuriale.

Comme le rappelle le gouvernement québécois dans sa stratégie pour l’égalité de sexe entre les femmes et les hommes, « l’entrepreneuriat est un levier de croissance et de rayonnement pour le Québec » (p.72 du plan stratégique). Si l’entrepreneuriat émergent des hommes place le Québec au 2e rang des économies comparables, celui des femmes nous place au 5e rang. (Situation de l’activité entrepreneuriale québécoise : rapport 2016 du Global Entrepreneurship Monitor, p.2)

L’égalité entrepreneuriale est donc un enjeu économique non seulement pour les femmes mais aussi pour la société dans son ensemble. Ainsi, si les femmes s’y consacraient autant que les hommes, le taux total d’entrepreneures au Québec augmenterait de 33%87 (Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes vers 2021 p.72). Cette différence du nombre d’entrepreneurs se traduit par une perte théorique de dizaine de milliers d’entreprises au Québec. (Indice entrepreneurial québécois 2017, p.7).

Pour atteindre cette égalité, il semble tout d’abord nécessaire de mieux connaître les caractéristiques et les défis propres à chaque femme. L’Indice entrepreneurial québécois a d’ailleurs décidé de se concentrer sur ce sujet avec une édition 2017 dédiée à l’analyse du dynamisme entrepreneurial des femmes. Leur rapport intitulé « Regard sur l’entrepreneuriat féminin » fournit ainsi de nombreuses statistiques et éclairages sur le sujet et soulèvent quelques questionnements centraux.

Portrait global de l’entrepreneuriat féminin

Quelques chiffres clés

  • Intentions d’entreprendre
    16,7% des femmes adultes disent avoir l’intention de se lancer en affaire contre 25,7% chez les hommes.
  • En démarches
    7.5% des femmes adultes sont en démarches pour créer ou reprendre une entreprise contre 11,4% pour les hommes.
    À noter que si les femmes restent moins nombreuses à entreprendre des démarches, leur progression depuis 2009 s’est accélérée par rapport aux hommes. Elles font 4,2 fois plus de démarches alors que les hommes en font 2.9 fois plus, ce qui est tout de même encourageant.
  • Propriétaires
    Les femmes représentent 36% de l’ensemble des propriétaires d’entreprises. Cela représente 5,3% de l’ensemble des femmes adultes contre 8,6% chez leurs homologues masculins.
    Une note d’espoir : les femmes représentent 42,8% des entrepreneurs dans la tranche d’âge des 18-34 ans et elles sont légèrement majoritaires (51,4 %) parmi les nouveaux propriétaires, c’est-à-dire ayant une entreprise de moins d’un an.

Les motivations à entreprendre

A l’instar des hommes, les femmes se partent en entreprise pour différentes raisons. Voici les principales évoquées, à la fois par les femmes ayant l’intention de se lancer en affaires ou qui sont démarches que par les entrepreneures établies.

L’idée de se réaliser, de s’accomplir personnellement restent un élément central. Les femmes évoquent aussi le fait de relever un défi ou de réaliser une passion. La question de l’indépendante est également souvent citée. Être son propre patron et créer son propre emploi sont des motivations importantes. Pour certaines femmes, l’entrepreneuriat est d’ailleurs vu comme une possibilité de développer leur carrière et cela peut aussi être une façon d’augmenter leurs revenus. Pour d’autres cela permet plus de flexibilité, d’avoir un meilleur équilibre de vie et notamment une meilleure conciliation travail-famille. 

Les secteurs d'activités

Si les femmes entreprennent dans des domaines de plus en plus variés, elles sont encore très majoritaires dans les services et la santé.

Certains secteurs leur sont plus difficiles d’accès comme le domaine des technologies et de l’innovation. Les femmes sont en effet encore peu encouragées dans des formations en sciences et en informatiques alors que ce sont les secteurs dans lesquelles les entreprises sont le plus souvent innovantes et performantes.

Les principaux obstacles

Les obstacles qui constituent des freins au lancement sont essentiellement le manque de financement personnel et de financement privé ou public, ainsi que la complexité administrative et fiscale. La peur de se lancer, de l’insécurité ou de l’échec constitue également d’autres freins considérables.

Durant la vie d’entrepreneurs, outre l’accès au financement, d’autres obstacles sont identifiés comme l’accès aux réseaux d’affaires, la gestion des ressources humaines, le besoin en formation.

Même si ces obstacles interviennent pour les hommes et les femmes, certains sont d’autant plus marqués pour les femmes comme l’accès au financement et le manque de confiance. Dans les deux cas c’est la résultante de stéréotypes socioculturels qui font que l’on associe consciemment ou inconsciemment des traits de caractère à tel ou tel sexe. L’entrepreneuriat continue d’être plus largement perçu comme une affaire d’hommes.

Les facteurs facilitants

Certains éléments peuvent, à contrario, avoir un effet positif dans l’envie d’entreprendre :

·     Provenir d’une famille d’entrepreneurs
Cela est d’autant plus vrai pour les femmes puisque cela augmente leurs chances de devenir entrepreneur de 2,9 fois (contre 1,6 fois chez les hommes). De plus, cela augmente la probabilité que l’entreprise ait des salariés.

·     Le poids de la formation
La formation joue un rôle significatif. Le taux d’intention est plus élevé chez les personnes ayant une formation en technologie ou en gestion. Le taux d’intention est plus élevé pour ceux qui ont fait des études universitaires et encore plus pour ceux qui ont suivi au moins un cours lié à l’entrepreneuriat.

·     Avoir le soutien de sa famille et des proches
Même si ce n’est pas un élément décisif, cela reste un élément central. Le soutient moral, émotionnel est très important dans la vie d’entrepreneurs. Parfois il peut également s’agir de soutien financier, ce qui peut avoir un réel impact dans le projet.

·     Entreprendre avec son conjoint
C’est une option privilégiée par les femmes. C’est rassurant et encourageant pour les femmes elles-mêmes mais cela leur permet également d’avoir plus de crédibilité auprès des banques, des clients et des fournisseurs car comme nous l’avons évoqué l’entrepreneuriat féminin continue de souffrir de certains préjugés.

Si l’on peut retranscrire les grandes caractéristiques de l’entrepreneuriat féminin, il est important d’apporter des nuances et d’ouvrir d’autres pistes de réflexions.

Réalités multiples : différentes femmes, différentes entrepreneures

De la même manière qu’il n’y a pas une façon d’être femme, il n’y a pas une façon d’être entrepreneure. Si certains faits ou obstacles peuvent être vécus plus largement par les femmes qui entreprennent, il subsiste de nombreuses différences en fonction des femmes.

Il est donc important d’en avoir conscience et de ne pas considérer les femmes entrepreneures comme un bloc homogène. Leurs réalités varient par de nombreux aspects : l’âge, le type d’entreprise, le secteur d’activité, la région, l’origine socio-culturelle, l’origine ethnique, le statut d’immigrante, l’ancrage familial dans l’entrepreneuriat, l’appartenance à des réseaux d’entrepreneurs…

Une étude plus fine des différents profils permettrait de mieux répondre à chaque besoin spécifique.

Des profils variés

Proflis des entrepreneures par l'indice québécois 2017

Sources : Un regard sur l’entrepreneuriat féminin Indice entrepreneurial québécois 2017

Légende sur les différents profils utilisé par l’Indice :

  • Le Chef de file est un propriétaire d’entreprise (toutes formes d’entreprises confondues) qui est actif à l’international et dont l’entreprise compte des employés salariés.
  • L’Enraciné est un propriétaire d’entreprise majoritairement actif à l’échelle provinciale (mais pas à l’international), et dont l’entreprise compte des employés salariés.
  • Le Prudent est un propriétaire d’entreprise sans autre employé que lui-même et ayant certaines activités à l’international.
  • L’Individualiste est un propriétaire d’entreprise sans autre employé que lui-même et ayant des activités majoritairement locales ou régionales.

Jeunes entrepreneures versus entrepreneures aguerries

Même si les femmes sont mieux représentées par rapport aux hommes dans le groupe d’âge des 18-34 ans, elles restent numériquement plus nombreuses dans le groupe des 50-64 ans (chez les Individualistes et les Enracinés, elles représentent respectivement 33,2 et 37% des femmes de ces catégories), chez les Chefs de files, en revanche, ce sont les 35-49 ans qui sont le plus représentées à 53,8%).

Même si la formation a son importance, l’âge combiné à l’expérience sont deux éléments qui restent importants et qui impliquent des différences significatives.

Ainsi, le manque de confiance semble plus présent lors des tous premiers pas dans l’entrepreneuriat. Au fil du temps, il a tendance à s’estomper.

Des travailleuses autonomes aux dirigeantes de grandes entreprises

La plupart des entrepreneures sont des travailleuses autonomes, qui travaillent à leur compte sans employé. Les femmes ont encore peu accès à la direction de très grandes entreprises.

Or, les enjeux et les réalités ne sont évidemment pas les mêmes pour les femmes Chef de file que pour les Individualistes. Les femmes Chef de file sont très sollicités en termes d’emploi du temps et de responsabilités et font face à des problématiques différentes. Le stress, la pression, les besoins financiers, le besoin en formation, la gestion du temps…

Si pour certaines travailleuses autonomes, l’entrepreneuriat peut être vu comme une opportunité d’avoir un meilleur équilibre de vie, pour les Chefs de files cela s’apparente plus à une course effrénée contre la montre.

Entrepreneuriat autochtone et immigrant

Dans un cas comme dans l’autre, on en parle assez peu, et cela reste peu documenté par la littérature.

L’Indice entrepreneurial québécois 2017 mentionne d’ailleurs l’entrepreneuriat immigrant comme un sujet important à investiguer mais la question de l’entrepreneuriat autochtone n’est pas abordée. « L’image des femmes entrepreneures reste majoritairement stéréotypée (femme blanche et éduquée) ». (Entrepreneuriat féminin autochtone, p.30.)

Si ces deux groupes d’entrepreneures possèdent quelques traits communs, on constate de nombreuses divergences dues à des réalités bien différentes.

Cette partie s’est basée essentiellement sur le rapport Entrepreneuriat féminin autochtone. Portrait des obstacles, des facteurs facilitants et des mesures de soutien spécifiques, édité par le Conseil du statut de la femme en décembre 2016.

Entrepreneures autochtones

La caractéristique principale de cet entrepreneuriat est « l’attention accordée au bien-être social des communautés autochtones plutôt qu’à l’aspect financier. » Les femmes autochtones sont largement confrontées au problème d’insertion professionnelle et voient donc dans l’entrepreneuriat une opportunité de créer de l’emploi pour elles-mêmes et pour leur communauté. On peut donc le voir davantage comme un entrepreneuriat de nécessité.

Les motivations des femmes entrepreneures autochtones résident plus dans la création d’une nouvelle économie basée sur le partage de la culture autochtone et de leurs valeurs communautaires. C’est ainsi une façon de s’émanciper vis-à-vis de la communauté non autochtone.

Leur isolement géographique et l’accès aux transports peuvent constituer un obstacle important pour les femmes vivant en réserve. Par ailleurs, ces femmes manquent de modèles autochtones, pour s’inspirer et se mentorer.

Entrepreneures immigrantes

L’entrepreneuriat immigrant est souvent désigné sous le nom d’entrepreneuriat ethnique et regroupe la création d’entreprises par des individus appartenant à un groupe ethnique minoritaire dans une société d’accueil donnée.

Même s’il y a des études sur l’entrepreneuriat immigrant, peu de recherches abordent la spécificité des femmes.  Là aussi il s’agirait avant tout d’un entrepreneuriat de nécessité. Ces femmes se lancent dans la création d’entreprise parce qu’elles se retrouvent en situation de vulnérabilité et que c’est la seule façon d’avoir une activité professionnelle rentable. A la différence des entrepreneures autochtones, les entrepreneures immigrantes exploitent leurs entreprises davantage dans une logique d’intégration dans l’économie dominante.

Au-delà de la complexité des démarches entrepreneuriales, les entrepreneures immigrantes sont confrontées aux enjeux de l’immigration et de l’intégration dans leur nouveau milieu de vie. Elles se heurtent également à des obstacles spécifiques comme la barrière de la langue, le manque de reconnaissance de leurs diplômes, le manque de soutien familiale...

 

Si les femmes en général manquent de formation et d’accès aux réseaux d’affaires, ces lacunes sont encore plus marquées pour les femmes entrepreneures autochtones et immigrantes. La conciliation travail-famille a également un poids particulier dans ces milieux où les femmes endossent encore plus les responsabilités familiales et ménagères et où l’attente sociale sur les rôles sexués est plus marquée. De même, les entrepreneures autochtones et immigrantes subissent bien plus de discriminations car aux stéréotypes de genre s’ajoutent bien souvent des préjugés racistes.

L’entrepreneuriat féminin revêt donc des caractéristiques et des problématiques multiples. Ces différents aspects gagneraient à être analysés plus finement et à être pris en compte pour mettre en place des solutions adaptées à chaque situation.

Avec notre projet « Entrepreneuriat au féminin », nous aimerions pouvoir montrer cette pluralité de parcours entrepreneuriaux, leurs spécificités, leurs enjeux propres.

Sources

Caisse du dépôt et placement du Québec, Institut d’Entrepreneuriat Banque Nationale | HEC Montréal et Léger (2017), Un regard sur l’entrepreneuriat féminin. Indice entrepreneurial québécois 2017 du Réseau M de la Fondation de l’entrepreneurship.

St-Jean, É. et M. Duhamel (2017), Situation de l’activité entrepreneuriale québécoise : rapport 2016 du Global Entrepreneurship Monitor, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières, Trois-Rivières, QC (Canada).

Conseil du statut de la femme (2016), Entrepreneuriat féminin autochtone. Portrait des obstacles, des facteurs facilitants et des mesures de soutien spécifiques.

Gouvernement du Québec (2017), Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes vers 2021, Ensemble pour l’égalité


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