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Entrepreneuriat féminin : de l’égalité à la réalité

Le 30 janvier 2020

Depuis cette dernière décennie, l’entrepreneuriat féminin fait l’objet d’une attention particulière. Les initiatives se multiplient, de plus en plus d’organisations prennent le sujet à bras le corps pour permettre aux entrepreneures de déployer leurs ailes et d’être de plus en plus nombreuses.

Certains tabous et mythes persistent néanmoins et il demeure important de continuer à conscientiser l’écosystème entrepreneurial sur les obstacles socioculturels tout comme sur la pluralité des parcours et des modèles pour que l’égalité puisse être réelle.

Déni des différences : « La femme, un entrepreneur comme les autres »

J’entends souvent dire que les entrepreneur.e.s vivent la même chose quel que soit leur sexe. Pour bons nombre de personnes, il n’y a pas vraiment de différence entre un homme ou une femme qui entreprend. Ils et elles sont logé.e.s à la même enseigne.

S’il est vrai qu’entreprendre est un défi en soi(t) pour tout le monde, la littérature et les partages d’expérience mettent en lumière des obstacles systémiques importants. La socialisation des filles et des garçons n’est pas la même et a un impact considérable dans l’orientation et les choix de carrière.

Aussi, les femmes souffrent plus largement du syndrome de l’imposteur et d’un manque de confiance.  Des études montrent également que l’accès au financement est plus difficile pour les femmes.  Par ailleurs, elles portent encore majoritairement le poids de la conciliation travail/famille et de manière globale les stéréotypes de genre sont encore prégnants.

De l’égalité formelle à l’égalité réelle

Avoir conscience des différences et des enjeux sexospécifiques est une première étape. Pour que l’égalité des chances soit réelle, il ne suffit pas de faire la même chose pour tout le monde.

« L’égalité ne se limite pas à traiter des personnes qui se trouvent dans des situations semblables de façon semblable (égalité formelle), mais à tenir compte de l’éventail des conditions qui créent des expériences où certains groupes et personnes sont désavantagés » 1. Il s’agit d’envisager le contexte dans son ensemble et de tenir compte des spécificités de chacun.e.

C’est toute la différence entre égalité et équité. Pour atteindre l’égalité réelle, il faut prendre en compte la situation de départ qui n’est pas la même pour tout le monde, qui peut dépendre du sexe, de l’origine, d’une situation de handicap, de l’âge, de l’orientation sexuelle… De tout ce qui colore et structure le parcours d’un individu. C’est ce que l’on nomme l’intersectionnalité.

L’égalité au prisme d’une norme « masculine » ?

Par ailleurs, comment penser l’égalité entrepreneuriale alors que le monde de l’entreprise s’est construit sur des archétypes « masculins » ?

« L’égalité professionnelle est appréciée en référence à une norme ; or loin d’être universelle, cette norme est constituée implicitement par l’homme. » 2

Bien qu’elle soit tacite et silencieuse, cette norme influence les rôles et édicte les règles du jeu, notamment en termes de modèles de carrière ou de réussite.

Est-ce aux femmes de s’adapter, de s’aligner, de copier, de se « travestir » ? Est-ce au monde de l’entreprise d’évoluer, d’accepter d’autres façons de faire, d’autres modèles ?

Ceci étant, rappelons qu’il n’y a pas une façon d’entreprendre au féminin, pas plus qu’il n’y a une façon d’être femme ou homme. Il y a une pluralité de parcours. Et dans un contexte, où la binarité est remise en question, tous les modèles peuvent s’entremêler.

Néanmoins, on ne peut nier la socialisation différente entre filles et garçons, les stéréotypes de genre et les biais inconscients qui en résultent dans l’imaginaire collectif. Tout ceci a des répercussions sur nos modes de penser la norme et de percevoir ou non les différences.

 

Pour encourager l’entrepreneuriat des femmes (de toutes les femmes), il est primordial d’avoir conscience à la fois des obstacles systémiques et intersectionnelles mais aussi des pluralités de modèles et d’intégrer l’analyse comparative entre les sexe plus (ACS+) dans sa démarche pour assurer une meilleure inclusion et répondre au mieux aux besoins de chacun.e.

Notes

1. [Université de l’Alberta, Plan stratégique pour l’équité, la diversité et l’inclusivité, p.6-7]
2. [Juliette Ghiulamila et Pascale Levet, La mixité empêtrée dans les stéréotypes]

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