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Egalité entrepreneuriale : le poids de l’éducation

Le 28 novembre 2019

Promouvoir l’entrepreneuriat féminin repose sur la compréhension du contexte et des besoins sexospécifiques de chaque femme et passe bien évidemment par l’accompagnement, la formation, le mentorat. Et pour changer les choses en profondeur, il faut également agir en amont des freins systémiques.

Les enfants sont exposés très tôt et quotidiennement à des représentations stéréotypées ayant une incidence directe sur nombre de leurs choix.

Ainsi, l’égalité entrepreneuriale passe définitivement par l’éducation. Il s’agit à la fois de promouvoir la culture entrepreneuriale chez les garçons et les filles mais aussi de déconstruire certains stéréotypes pour permettre une réelle égalité des chances.

Une socialisation différente, des stéréotypes ancrés

De leur éducation à leurs environnements sociaux, les enfants sont exposés aux représentations socioculturelles des sexes et intériorisent dès leur plus jeune âge un certain nombre de stéréotypes véhiculés à la maison, à l’école, dans les médias, les films, la publicité, la mode ainsi que dans les livres jeunesse ou les jouets et les activités en général.

Définition des stéréotypes de genre

Ces stéréotypes relèvent de généralisations et de visions simplificatrices pour décrire les filles et les garçons, les femmes et les hommes. Ils reposent sur un ensemble de croyances partagé socialement et souvent de façon inconsciente qui enferment les femmes et les hommes dans des idées préconçues sans tenir compte des caractéristiques individuelles.

Exemple : « Les filles sont nulles en mathématiques », « les garçons ne jouent pas à la poupée », « les hommes ne sont pas sensibles », « les femmes ne savent pas lire les cartes routières ».

Le débat sur l’inné et l’acquis

Les hommes viennent de mars les femmes viennent de venus, c’est bien connu. Le titre du best seller de John Gray évoque la distance cosmique qui séparerait les hommes des femmes. Comme si le monde était divisé en deux et que les différences étaient à la fois inhérentes et irrémédiables.

Qu’est-ce qui est de l’ordre du naturel, qu’est-ce qui est de l’ordre du culturel ? Quel rôle joue l’évolution et quel est celui de la socialisation ? Les sociétés ont tendance à surdéterminer la différentiation biologique en assignant aux deux sexes des fonctions différentes, séparés, hiérarchisées, divisées que l’on retrouve, ensuite, à tous les niveaux dans la société. De nombreuses recherches montrent que les différences de comportements, de préférences et de rôles sont avant tout socialement construites.

Selon Francine Descarries, sociologue et professeure à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), « Il n’y a rien d’inné dans le choix d’un jouet. Ce choix vient de ce que l’enfant voit autour de lui. Il a vu son père faire et il voit ce qui se passe autour de lui. » (Cité par Caroline Montpetit dans Education non genrée au préscolaire).

Qu’est-ce qui fait qu’on pense les différences comme étant naturelles ?

Il y a là un effet domino ou un effet miroir. Les stéréotypes apparaissent exactes et fondés « car ils agissent en normes sociales et en prophétie autoréalisatrices auxquelles il devient nécessaire de se conformer pour éviter l’opprobre de son groupe social et obtenir des gratifications et de la reconnaissance. Ils sont donc des réalités sociologiques. » (Noémie Le Menn, Libérez-vous des réflexes sexistes au travail )

Finalement, c’est comme un cercle vicieux qui campe les filles et les garçons dans des rôles présumés à leur sexe et qui perpétue ces représentations socioculturelles. Les stéréotypes viennent alors polariser et entretenir voire légitimer les différences.

Si l’enfant ne correspond pas à cette adéquation sexe biologique / stéréotype associé, il a vite fait d’être stigmatisé, voire discriminé. Plusieurs études montrent néanmoins une différence de jugement entre ce qui est admis pour les filles et les garçons qui tentent de sortir du cadre dévolu. Aussi, il est socialement plus admis qu’une fille s’intéresse aux jouets/activités ou ait des comportements dits « masculins » que l’inverse. (Voir sources 1 et 6.) Cela s’explique notamment par le fait que les attributs attachés au féminin  sont moins valorisés socialement.

L’impact sur le développement des enfants

Les stéréotypes de genre peuvent avoir des répercussions et des effets néfastes à de nombreux égards. Cela touche notamment à la santé mentale et physique, au rapport que l’on entretient avec son corps, à la sexualité, à la vie de famille (rôles parentaux et partage des tâches domestiques).

Cela a également d’importantes conséquences sur la réussite scolaire et l’orientation professionnelle. Bien qu’il y ait une vraie volonté de favoriser l’égalité dans les programmes scolaires et les manuels, il subsiste des idées préconçues et on continue, malgré tout, de mettre l’accent différemment dans l’apprentissage des disciplines en fonction du sexe (français et relationnel pour les filles, mathématiques et orientation spatiale pour les garçons par exemple). De plus, si l’école joue un rôle déterminant, la socialisation de l’enfant se fait dans un environnement global. Et dans les médias, comme dans la publicité, les préjugés associés à la différenciation des sexes sont encore encore très prégnants.

Réussite scolaire et perception de l’intelligence

« Plusieurs recherches, particulièrement en sciences de l’éducation […], ont montré que les stéréotypes sexuels peuvent avoir des répercussions sur la motivation, l’engagement et la réussite scolaires. Conjugués à d’autres facteurs, comme la provenance d’un milieu socioéconomique défavorisé, ils peuvent faire partie des éléments explicatifs du décrochage scolaire (Amboulé Abath, 2009). Tant chez les filles que chez les garçons, plus l’adhésion aux stéréotypes est forte, moins leur performance scolaire sera bonne. La lutte aux stéréotypes sexuels améliorerait donc sans doute la réussite des enfants des deux sexes puisque la perception qu’ils ont de leurs capacités dans certaines matières a une influence sur leurs résultats scolaires. »  (Cité dans Les livres et les jouets ont-il un sexe?)

Par ailleurs, une croyance négative émerge très tôt chez les petites filles qui se croient moins intelligentes que les garçons. C’est ce que révèle l’étude de Bian, Leslie et Cimpian, parue en 2017. Selon Josée Trudel, doctorante en administration et politiques de l’éducation à l’Université Laval, cette étude « démontre que les filles associent très tôt la brillance et le fait d’être très, très intelligent à la masculinité ». Cela a pour effet qu’elles se désintéressent massivement de tout ce qui est relié au domaine de l’intelligence. Josée Trudel livre une hypothèse très intéressante sur l’origine de cette perception : « Mon hypothèse – mais ce n’est qu’une hypothèse – est que, en plus des actions des adultes qui, bien souvent inconsciemment, poussent les garçons et non les filles à s’intéresser aux matières scientifiques, les modèles de grands scientifiques et de chercheurs qui leur sont proposés sont généralement masculins. Dans les livres et les autres productions culturelles, quand on voit une personne en sarrau blanc dans un laboratoire, c’est encore trop souvent un homme… » (Cité par Caroline Montpetit dans Education non genrée au préscolaire).

Formation et orientation professionnelles

En conséquence, les stéréotypes nourris pendant l’enfance et l’adolescence, vont, par la suite, largement influencer les choix de formation et de profession des femmes et des hommes. Les idées préconçues et intériorisées sur les forces, les faiblesses et les préférences de chacun des sexes peuvent réduire la confiance ou l’envie des filles comme celle des garçons en ce qui concerne certaines formations et parcours professionnels.

A ce sujet le Portrait des Québécoises, Édition 2018, livre d’importantes informations. Dans la formation professionnelle offerte à l’enseignement secondaire, les filles se concentrent dans deux domaines d’études (dans celui de l’administration, du commerce et de l’informatique et dans celui de la santé), alors que les garçons se répartissent dans une plus grande variété de domaine. Les inscriptions à la formation technique reflètent également les domaines d’exercice traditionnels des filles et des garçons (voir tableau).

Ces tendances se retrouvent, en toute logique, dans les carrières. En 2016, les 10 principales professions exercées par les femmes regroupent 39,3 % de la main-d’œuvre féminine. Chez les hommes, les 10 principales professions réunissent 26,7 % de la main-d’œuvre (voir tableau).

Si les femmes occupent, aujourd’hui, une place importante dans plusieurs professions traditionnellement exercées par des hommes, elles demeurent sous-représentées dans certaines professions, notamment en génie ou en informatique.

Sources : Le portrait des Québécoises, éditions 2018

Vers une éducation sans stéréotype pour des choix libres et conscients

Favoriser le désir d’entreprendre chez les filles et les garçons

L’entrepreneuriat offre une pratique pédagogique valorisante. Développer l’envie d’entreprendre chez les enfants leur permet de développer leur créativité, leur sens des responsabilités, leur autonomie et l’estime de soi. Aussi, l’entrepreneuriat pédagogique est une avenue pertinente pour contrer le décrochage scolaire et pour l’aider à développer son plein potentiel.

Le dossier spécial : L’entrepreneuriat éducatif, rédigé par le CTREQ met en avant ces chiffres très éloquents :

  • 82 % des élèves affirment que la réalisation d’un projet entrepreneurial leur a permis d’être fiers d’eux-mêmes
  • 95 % des enseignants affirment que la réalisation d’un projet entrepreneurial a permis à des élèves ayant des difficultés d’apprentissage de renforcer leur confiance en eux
  • 97 % des enseignants affirment que la réalisation d’un projet entrepreneurial augmente la motivation des élèves en classe

Ainsi, promouvoir l’entrepreneuriat auprès des enfants est bénéfique pour tout le monde. Encore aujourd’hui, la culture entrepreneuriale reste dominée par des archétypes que l’on associe à la masculinité. Dans l’imaginaire collectif, les hommes sont des entrepreneurs plus « naturels » que les femmes. Il est donc très important d’insuffler ce désir d’entreprendre chez les filles et de les encourager à faire preuve de leadership et à s’intéresser à des matières moins « convenues ». C’est par là que tout commence, c’est en semant les germes de l’égalité et des possibilités, qu’elles se sentiront mieux armées pour se lancer plus tard dans l’aventure entrepreneuriale ou tout simplement qu’elles seront à même de réaliser leur plein potentiel, sans censure.

De plus en plus d’initiatives vont dans ce sens. La Grande journée de petits entrepreneurs permet à des millions d’enfant de lancer leur entreprises le temps d’une journée. Ose entreprendre propose plusieurs activités et développe du contenu pour infuser le désir d’entreprendre chez les enfants et les jeunes. Le service Entrepreneuriat et jeunesse du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité soutient des centaines de projets coopératifs avec les jeunes de niveau primaire à universitaire. Glambition Québec a pour but de sensibiliser les jeunes filles, de 3e, 4e et 5e secondaire, à la culture entrepreneuriale et ainsi les encourager à devenir des actrices de changement dans la société actuelle.

Déconstruire les stéréotypes : l’affaire de tout le monde

Changer les croyances et les habitudes qui entourent les représentations différenciées selon le sexe ne se fait pas du jour au lendemain. En tant que parents, institution ou individu, nous pouvons néanmoins agir à différents niveaux. La première étape consiste à en prendre conscience et à s’outiller pour apprendre à les déconstruire.

Pour ouvrir le champ des possibles et ne pas enfermer les filles et les garçons dans des rôles préconçus, il est important de varier les outils et les modèles qu’on leur propose. Par exemple, présenter des activités, des sports, des jouets, des rôle-modèles qui permettent d’offrir d’autres perspectives, qui peuvent montrer d’autres destins que ceux socialement véhiculés et connus. Comme le souligne Josée Trudel « C’est beaucoup plus difficile de déconstruire des croyances que de travailler consciemment à ne pas les inculquer dès le départ » (Cité par Caroline Montpetit dans Education non genrée au préscolaire).

La littérature jeunesse regorgent de stéréotypes et pour y remédier, la plateforme kaléidoscope propose une multitude de livres pour un monde plus égalitaire et inclusif. Ces livres peuvent servir de base pour instaurer un dialogue avec les enfants. Initier les discussions sur le sujet est essentiel. Que ce soit en réaction, face à des propos, ou en prévention, aborder la question des stéréotypes permet d’ouvrir la discussion et d’éveiller leur curiosité et leur compréhension du sujet. Pour aider à comprendre et déconstruire les stéréotypes de genre, le site HabiloMédias propose plusieurs ressources.

Il existe aussi de plus en plus de jeux éducatifs pour briser les schémas préconstruits et mettre en lumière des rôles modèles féminins dans des secteurs traditionnellement masculins. Le Moon project rassemble 3 jeux : la Bataille féministe (avec autant d’homme que de femmes), le jeu de 7 familles spéciale grandes femmes pour rendre visibles ces femmes modèles, le mémo de l’égalité pour explorer les métiers et les attribuer autant à un homme qu’à une femme.

Pour ce qui a trait aux sciences, je mentionnais dans mon précédent billet Femmes et TIC : réécrivons les code, l’importance des initiatives comme Les filles et les sciences ou encore Le code des filles. J’aimerais aussi porter votre attention sur Luana Games, qui propose le jeu de cartes Femmes de science mettant en lumière des scientifiques remarquables et souvent méconnues. Il est possible d’en imprimer une version. Sur la même page vous trouverez aussi un jeu vidéo qu’il est possible de tester en version béta. Là aussi des femmes scientifiques de renom sont mises en avant.

 

Pour conclure, les stéréotypes sont non seulement un frein au développement individuel et social des personnes, mais ils perpétuent également les inégalités entre les sexes. Les métiers pour lesquels on continue de socialiser les femmes sont, d’ailleurs, moins valorisés et moins rémunérés. Agir pour l’égalité (entrepreneuriale) passe par une remise en question des idées préconçues sur les différences de sexe.

Ressources

Bibliographie

1 – Caroline Montpetit (2019), Education non genrée au préscolaire : changer les attitudes au-delà des bonnes intentions, La Gazette des femmes

2- Conseil du statut de la femme, Francine Descarries, Marie Mathieu (2010), Etude entre le rose et le bleu

3 – Conseil du statut de la femme, Nathalie Roy (2018), Portrait des Québécoise

4 – Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (2018), L’entrepreneuriat éducatif

5 – Noémie Le Menn (2018), Libérez-vous des réflexes sexistes au travail !, InterEditions

6 – Secrétariat à la condition féminine, Ministère de la Famille, Francine Descarries, Gilles Cantin (2013), Les livres et les jouets ont-il un sexe?

Boites à outils

Elise Gravel, Toi aussi tu peux

Kaléidoscope

HabiloMedias

La vigie repère pour vous du Centre Hubertine Auclert

Petite fable de Noémie De Lattre

Slam A bonne école de Morgane Viguet

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