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Billet spécial contre sexisme ordinaire

Le 27 novembre 2018

A l’occasion des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le sexe, je voulais aborder un point dont on parle peu et qui est pourtant crucial dans la sphère du travail : le sexisme ordinaire.  Il ne s’agit pas ici de sexisme criant ou scandaleux comme peuvent l’être le harcèlement moral ou sexuel mais plutôt d’un sexisme plus subtil et donc plus insidieux.

C’est un sujet sensible et le but n’est ni de diviser, ni de faire la morale mais plus de conscientiser et d’amener à réfléchir sur ce problème de société.

Qu’est-ce que le sexisme ordinaire?

Le sexisme est tellement banalisé et confortablement installé dans les pratiques courantes qu’on ne le voit même plus. Cela devient une sorte de sexisme invisible: un sexisme de tous les jours, tellement ancrés mais qui participe pourtant (in)directement à un climat général néfaste.

Ce sexisme est souvent inconscient voire involontaire et peut même revêtir un caractère bienveillant. Certaines remarques peuvent faire l’objet des meilleures intentions (ex. protéger), mais il n’en reste pas moins qu’elles véhiculent une certaine vision qui tend à maintenir des rapports de force, où, bien souvent, les femmes sont mises en position d’assujettissement ou d’objectivation.

Le sexisme ordinaire peut toucher les femmes comme les hommes. Les stéréotypes de genre concernent et enferment, en effet, les deux sexes dans des représentations écrasantes et clivées. Mais force est de constater que, dans nos sociétés patriarcales, les femmes en paient davantage les frais.

Les femmes entrepreneures ne dérogent pas à la règle. Elles subissent ce sexisme ordinaire à bien des égards comme l’ont révélé notre revue de littérature et nos focus groupes. D’ailleurs, au premier abord, celles-ci n’ont pas toujours conscience des différences de traitement. Mais quand on creuse, on se rend compte que les femmes font face à des préjugés divers. Certaines entrepreneures sont prises pour les secrétaires ou les agentes de stand par exemple. Cela soulève la question de l’invisibilité et de la crédibilité. De même, l’autorité et le pouvoir ne sont pas perçus de la même manière chez les deux sexes (voir à ce sujet la vidéo faite par Les Brutes, mentionnée dans la trousse multimédia).

En France, pour comprendre le sexisme ordinaire, Marine Spaak a mis en avant le poids de la Mécanique sexiste dans une vidéo didactique réalisée dans le cadre du concours « Ton court pour l’égalité 2016 ». Elle adapte ainsi la Mécanique raciste, théorisée par de Pierre Tevanian. Cette mécanique englobe les différentes phases qui conduisent à alimenter le cercle du sexisme: la catégorisation, l’opposition, la hiérarchisation puis la légitimation.

Sexisme ordinaire… Action!

Le sexisme ordinaire s’articule de différentes manières. Il peut prendre la forme de surnoms inappropriés, de réflexions ou d’insinuations désobligeantes ou déplacées, de considérations sur le temps partiel ou la maternité… Cela passe aussi par des blagues plus ou moins graveleuses ou le fait de commenter l’apparence physique ou les choix vestimentaires, ce qui, dans le cas des femmes, les renvoient souvent à un rôle d’objet sexuel.

Dans son livre Feminist Fight Club, la journaliste américaine Jessica Bennett, met en lumière différents types de profils sexistes. Ils ont été résumés et traduits comme suit par Marie-Claude Lortie, dans son article Petit manuel pratique contre le sexisme au bureau, paru sur le site La Presse.

« Il y a le diminue-eur, le maternénervant – qui réduit les femmes à leur maternité – le chipeur – qui pique les idées des femmes en les réajustant juste assez pour que ça ne se voie pas – le « mansplainer », un classique, qui explique des sujets qu’il ne connaît pas nécessairement bien avec la plus grande condescendance. Il y a aussi l’interrupteur, qui ne cesse de couper la parole aux femmes, un personnage omniprésent décrit dans quatre recherches citées par l’auteure, qui rappelle que les femmes se font interrompre deux fois plus souvent que les gars dans les réunions. »

A ce tableau, on pourrait rajouter le paternaliste qui va infantiliser les femmes en voulant les protéger sans fondement ou en leur donnant des leçons de comment faire les choses même si elles n’en démontrent pas le besoin.

A noter que les femmes, elles-mêmes, peuvent véhiculer et nourrir les réflexions sexistes envers les femmes. Nous grandissons dans des sociétés profondément codifiées et genrées et en intériorisons un bon nombre de concepts sans même nous en rendre compte.

Juste une petite blague aux grosses conséquences

« C’est juste une blague. Ça va, on ne peut plus rire. »  Il n’empêche que les mots ne sont pas vides de sens. Mis bout à bout, ils véhiculent au contraire un message fort. Ce sexisme ordinaire a différents types de répercussions. Cela peut avoir un impact sur la santé mentale des personnes qui le subissent, sur le climat général de travail, sur l’entreprise mais plus largement sur la société. On parle d’ailleurs de sexisme passif.

Impact sur les femmes
– Mise en retrait, démarche de l’évitement
(ne pas prendre la parole en public, ne pas aller à certains événements, éviter certains collègues, ne pas porter certaines tenues vestimentaires, ne pas prendre de temps partiel ou ne pas demander de formation, éviter de prendre certaines responsabilités…)
– Perte de confiance en soi, désengagement dans le travail, voire même dépression

Impact au sein de l’équipe de travail
– Détérioration du climat, malaise général
– Désengagement
– Perte de motivation

Impact sur l’entreprise
– Absence et désengagement des salarié.es
– Baisse de productivité et de la performance
– Atteinte à l’image de marque

Impact sur la société
Au niveau sociétal, le sexisme renvoie à une vision dégradée des femmes dans la société et renforce les stéréotypes de genre.
– Dénigrement des capacités réelles des femmes
– Infériorisation et dévaluation des femmes
– Déni de la diversité qui existe entre les femmes individuellement

Sexisme ordinaire, lutte commune

Ce sexisme étant banalisé voire décrédibilisé sous le coup de la blague, il peut être ardu de le mettre en lumière et de le désamorcer.

Sous l’effet de la surprise ou tannée par la récurrence de la situation, au mieux on lance un regard réprobateur, au pire on fait semblant de ne pas entendre. Parfois même on l’excuse ou bien on se sent coupable. Le coût de la dénonciation est plus dur que le coût de l’acceptation. Personne ne veut passer pour l’emmerdeuse, la frustrée, la caractérielle ou la “féministe” de service.

Mais souvent, on n’en prend même pas conscience. Il faut reconnaître qu’on est tou.te.s plus ou moins sexistes, qu’on a tous intégré des visions stéréotypées liées au genre.

La première étape est donc d’en prendre conscience et de remettre en question ses propres représentations. C’est aussi d’avoir en tête que le sexisme est l’affaire de tou.te.s et qu’il nous appartient à la fois de ne pas l’alimenter mais aussi de le dénoncer. C’est la responsabilité de tout le monde de veiller à un bon climat de travail et au bien-être des personnes qui nous entourent.

Certaines personnes bondissent en disant que l’on ne peut plus rien dire, que l’on ne peut plus rien faire, que tout est interprété à tort et que cela risque de dénaturer les relations humaines, les jeux de séduction… Je pense que c’est surtout une question de bon sens, de contexte, d’empathie et de respect réciproque. Il n’est pas question de supprimer l’humour ou la séduction mais plutôt de s’assurer que ce n’est pas de l’humour déguisé ou de la fausse séduction à sens unique mais que cela fait l’objet d’échanges basés sur un pied d’égalité.

Comment y répondre?
– En parler à son.sa supérieur.e et/ou aux ressources humaines
– Y répondre avec humour et reprendre à son compte surnoms et autres expressions déplacées. Cela ne se prête pas à toutes les situations mais dans certains cas, cela peut permettre de désamorcer avec humour et d’amener son interlocuteur.trice à réfléchir.
– Jouer sur l’incompréhension ou pousser au développement. Pousser son interlocuteur.trice à s’expliquer tout en faisant preuve de finesse et de diplomatie. Cela va le.a conduire à réaliser l’absurdité ou la maladresse de ses propos.
– Sensibiliser, éduquer sur le sujet et alimenter grâce à des études scientifiques, des chiffres clés.

Des petits gestes à gros impacts
– Éviter les formulations générales « Les femmes sont…, les hommes sont… »
– Faire preuve de solidarité et être plus inclusif, notamment dans son discours (recourir le plus possible à la rédaction et au langage épicène)
– Porter une attention particulière aux visuels que l’on utilise et éviter d’alimenter les représentations sexistes
– Au niveau des organisations : se doter d’une politique, avoir un programme d’actions et former les hauts managers ainsi que les managers de proximité à la question du sexisme ordinaire

Kit multimédia anti sexisme ordinaire

Sources

 


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