Femme&TIC

Femmes et TIC : réécrivons les codes

Le 30 octobre 2019

Le 13 septembre dernier, on célébrait la journée des développeur.se.s et des programmeur.se.s.
Si aujourd’hui, le secteur est majoritairement dominé par des hommes, cela n’a pas toujours été le cas. Jusque dans les années 80, la partie logicielle de l’informatique, c’est-à-dire la programmation, était rattachée aux femmes car cela faisait écho à l’administration, aux travaux de secrétariat. C’est à partir du moment où l’on a découvert le potentiel et la puissance de l’informatique que la discipline a commencé à devenir prestigieuse et, par ricochet, à se masculiniser.

Par ailleurs, il est intéressant de rappeler que c’est une femme qui est à l’origine des prémisses du Web. Ada Lovelace écrit le premier langage informatique en 1843, D’autres pionnières ont contribué à des avancées considérables (Henrietta Swan Leavitt, Grace Hopper, Katherine Johnson pour ne citer qu’elles). Pourtant, l’histoire occulte bien souvent leur apport.

Aujourd’hui, bien que le secteur souffre de pénurie de main-d’œuvre, les femmes restent encore fortement sous-représentées et cet écart est encore plus flagrant chez les entrepreneur.e.s.

Une photographie de la situation actuelle

Le Diagnostic sectoriel 2018 mené par TECHNOCompétences révèle que la proportion de femmes dans les professionnels en TIC au Québec est stable depuis 2011, elle s’établit à 20 %. Un complément à ce diagnostic précise que les femmes représentent :

  • 17 % des individus occupant un poste dans une profession en TIC dans l’industrie des TIC en 2017
  • 30 % des individus occupant un poste dans une profession en TIC à l’extérieur de l’industrie des TIC en 2017
  • 34 % des individus occupant un poste autre qu’en TIC dans l’industrie des TIC en 2017

Une étude canadienne révèle, par ailleurs, que parmi 900 entreprises technologiques canadiennes, les femmes ne représentent que 5 % des postes de PDG. En moyenne, les femmes occupent 8 % des postes de direction, tandis que 73 % des entreprises n’ont pas de femmes sur leurs conseils d’administration. (Sources : rapport Movethedial.com)

Une autre étude menée conjointement par TECHNOCompétences et la Chaire Claire Bonenfant s’est intéressée particulièrement à La place des femmes en TI pour voir quels sont les obstacles à l’entrée, à la rétention et à la progression des femmes dans ce secteur.

« L’étude qualitative menée auprès de trois grandes organisations a permis de dégager les constats suivants :

  • L’industrie des TI est relativement jeune et il y existe plusieurs opportunités de progression. Les profils des personnes qui y œuvrent sont très diversifiés et les cultures organisationnelles valorisent la prise d’initiative et l’innovation. Ainsi, les femmes tout comme les hommes ont l’opportunité de faire leurs preuves soit dans leurs organisations ou en profitant des possibilités de mobilité intraorganisationnelle.
  • La flexibilité des horaires permet l’articulation entre la vie professionnelle et personnelle. Cependant, les cultures organisationnelles axées sur les résultats peuvent dans les faits créer un obstacle pour les femmes ayant des responsabilités familiales.
  • Le coaching et le mentorat sont des clés du succès, mais les femmes n’y ont pas toujours accès, notamment car le processus est informel.
  • Le climat de travail est généralement positif et prône la collaboration, l’engagement, le développement et le respect. Il y a peu de sexisme; cependant, parfois il peut y avoir du sexisme venant de la clientèle ou des collègues.
  • Le développement de carrière est encouragé au sein des organisations, mais demeure principalement la responsabilité des employé.e.s.
  • Les modèles féminins sont limités, et celles qui occupent des postes de décision sont perçues comme ayant un profil « masculin ». De plus, plusieurs femmes attendent d’être totalement compétentes avant de chercher l’avancement, alors que les hommes n’hésitent pas à appliquer sur des postes avec moins de compétences.
  • Bien que les organisations en TI adoptent un discours public d’inclusion des femmes, les pratiques organisationnelles en place ne leur sont pas toujours favorables. » – (Étude La place des femmes en TI, page 25)

On peut y voir un climat favorable au premier abord, mais qui, dans le concret, peut représenter des freins spécifiques. Les gestionnaires n’ont, la plupart du temps, aucune conscience de ces limitations systémiques. Et « tant qu’ils n’en seront pas conscients, la situation ne pourra s’améliorer et elle risque de se détériorer ». (Étude La place des femmes en TI, page 25)

« Entrer dans le code, sortir des cases »

Pourquoi une telle disparité ? La faible présence et la lente progression des femmes dans le secteur s’expliquent par de nombreuses causes : faible intérêt des jeunes filles pour les TI (ou faible sensibilisation des jeunes filles pour les TI ?), inégalités salariales entre les hommes et les femmes, conciliation travail-famille ou encore stéréotypes de genre et sexisme plus marqués dans les secteurs à prédominance masculine.

Pourquoi est-ce important d’avoir plus de femmes dans le secteur des technologies?  Femmes et TIC, une question d’éthique et d’équité. Oui, mais pas seulement. L’importance d’ouvrir ce secteur aux femmes dépasse la seule question de l’inclusion ou de l’égalité, qui n’en demeure pas moins primordiale.

Comme le stipule Nicole St-Hilaire, dans son article La révolution numérique : une opportunité à saisir pour les femmes, “le gouvernement du Québec a annoncé qu’il investira près de 200 millions de dollars sur cinq ans dans le cadre du Plan d’action en économie numérique. Ces investissements visent essentiellement la croissance du secteur des TI et la transformation numérique des entreprises et des organisations québécoises. Aussi, selon diverses études américaines, les salaires dans le secteur des TI sont de 84 % plus élevés que pour les emplois dans d’autres domaines.”

Le monde des TIC est en pleine expansion et offre de belles opportunités de carrières et expériences entrepreneuriales. Il paraît essentiel que les femmes y aient accès pour leur propre bénéfice mais aussi pour celui des entreprises.  Avec la pénurie de main d’œuvre, l’attraction et la rétention des femmes dans les TI deviennent des enjeux majeurs. De plus, toutes les recherches concordent pour dire que la diversité a un impact sur la créativité et la performance des équipes. Or, une équipe peut difficilement être diversifiée si elle se prive de la moitié de sa population. Cela a un impact en termes de créativité et de productivité mais aussi en termes de représentativité et de compréhension des besoins.

Un écosystème pour soutenir et promouvoir les femmes en TI

Comment faire pour augmenter le bassin de talents et attirer plus de femmes en TI? C’est un travail de longue haleine. Et comme les blocages et les freins sont multiples, il faut envisager différents types de solutions. Il faut agir sur les causes profondes et intervenir à différents niveaux et à tous les âges (pas seulement en fin de parcours).

Heureusement, de plus en plus d’organismes développent des produits et des services spécifiques pour soutenir les femmes dans leur projet d’entrepreneuriat numérique, pour veiller à des milieux plus inclusifs ou encore pour sensibiliser et former les filles aux nouvelles technologies.

Les initiatives qui suivent ne sont évidemment pas exhaustives. Aussi, si vous voulez faire part d’autres initiatives intéressantes pour les femmes en TI, n’hésitez pas à les mentionner en commentaire.

Une communauté engagée

Le Réseau ACTION TI regroupe et mobilise les acteurs et actrices du secteur des technologies de l’information au Québec. Il crée des occasions de rassemblement et aide à l’amélioration des connaissances et des compétences. Cet organisme est notamment à l’origine du colloque Femmes en TI qui s’est tenu le 9 octobre dernier.

Femmes Alpha est une communauté et un média numérique qui fait la promotion du leadership féminin et propulse les femmes dans la francophonie. L’entreprise est particulièrement investie sur la thématique “femmes et numérique“. Elle est d’ailleurs à l’origine de Nueva, un concours de pitch en ligne pour les femmes dans le numérique et les technologies et du groupe Facebook Femmes Numériques Internationales.

Femmes en Tech est une campagne lancée par Ubisoft et La Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour encourager plus de jeunes femmes à faire un choix de carrière dans le secteur des technologies et à y réaliser leur plein potentiel.

Vers plus d’inclusion

URelles travaille à une industrie technologique diversifiée et inclusive, représentative de la société tandis que le Manifeste des femmes en Tech  oeuvre pour des événements technologiques paritaires. On peut d’ailleurs souligner le rôle de Chloe Freslon, fondatrice d’URelles et cofondatrice du Manifeste de femmes en Tech.

Nous sommes Cyber est un réseau pour les femmes en cybersécurité et domaines reliés. À travers des activités de réseautage, d’apprentissage, de mentorat, de partage d’information et d’exploration de questions sociales, ce réseau veut contribuer à la propulsion d’une génération de professionnelles sur ce sujet crucial et à sensibiliser plus largement la population à ces enjeux.

Enfin, le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) a développé le guide Milieux de travail inclusifs. Ce guide regorge de fiches pratiques et de témoignages dans le but de favoriser le maintien des femmes en milieux de travail à prédominance masculine. Le RGF-CN accompagne présentement les entreprises désireuses d’avancer dans cette démarche par le biais d’ateliers gratuits adaptés aux différents besoins.

Sensibilisation des filles

Plusieurs organisations veillent à sensibiliser les filles aux sciences et aux nouvelles technologies pour leur montrer que c’est une avenue possible. Canada en programmation ou Le code des filles (LCDF) offrent, ainsi, des ateliers d’initiation à la programmation.

L’événement « Les filles et les sciences : un duo électrisant ! » vise, pour sa part, à faire découvrir de nombreux domaines scientifiques et technologiques aux adolescentes de 2e et 3e année du secondaire à l’aide d’ateliers et de kiosques interactifs.

Des rôles modèles pour ouvrir la voie

Dans cette partie, j’ai souhaité mettre en lumière quelques entrepreneures pour inspirer et servir de modèle. Cette liste, loin d’être exhaustive, est purement personnelle. Le but étant de montrer une diversité de profils ainsi que tout le potentiel de l’entrepreneuriat dans le numérique. Les TI offrent des expériences entrepreneuriales variées dans des secteurs diversifiés : technologies de l’information, gestion de données, éducation, santé, arts numériques ou encore agriculture.

Johanne Devin : Visionnaire numérique

Présidente et directrice générale de NovAxis Solutions inc., Johanne Devin fait figure de référence et d’avant-garde en termes d’entrepreneuriat technologique à Québec. Avec NovAxis Solutions inc. et sa grande détermination, Johanne a été pionnière à Québec en lançant une solution Web en mode SaaS. Dès son lancement en 2009, WebSelf.net, un outil de conception de site Web, connaît un grand succès à travers le monde. D’autres solutions ont été ajoutées depuis. Johanne est impliquée dans la journée Les filles et les sciences depuis 13 ans et dans l’écosystème entrepreneurial. Elle promeut une vision de l’entrepreneuriat féminin débarrassée des stéréotypes de genre. Elle est notamment à l’origine du programme Leadership au féminin, développé par la Chambre de commerce et d’industrie de Québec (CCIQ) du temps où elle était Présidente du CA. Ce programme connaît un grand succès et c’est maintenant cinq cohortes qui touchent différents secteurs d’activités qui attirent les participantes.

Kim Auclair : La communauté Web sous toutes ses coutures

Entrepreneure, conférencière, blogueuse, auteure d’un livre (Dans la tête d’une entrepreneure – mes débuts en affaires) et animatrice de radio sur les ondes de CKRL 89.1,  Kim Auclair a su prendre sa place dans le monde des affaires grâce au Web. Notamment avec MacQuébec, une communauté d’utilisateur.trice.s de produits Apple au Québec. Son entreprise actuelle, Niviti, se spécialise dans la création de contenus visant à développer les compétences entrepreneuriales des individus. L’entreprise offre aussi le service d’un espace de coworking pour les entrepreneur.e.s, situé à Beauport. Née avec une surdité de sévère à profonde aux deux oreilles, Kim entend, aujourd’hui, grâce à un implant cochléaire à l’oreille droite. Elle partage d’ailleurs sur l’évolution de son opération sur la page Ma surdité, expliquée autrement.

Amira Boutouchent : Le virage numérique pour tous.tes

Amira Boutouchent est cofondatrice et présidente-directrice générale de BRIDGR, une plateforme Web qui s’est donné la mission de faciliter le virage numérique et technologique du secteur industriel en offrant un service personnalisé. L’entreprise propose ainsi des solutions qui utilisent l’intelligence artificielle et qui regroupent les services de consultant.e.s, d’expert.e.s et de fournisseurs. Amira est ingénieure informatique et possède également une formation en gestion. Elle est l’une des égéries de la campagne Femmes en Tech Ubisoft. Pour elle, il est primordial que le domaine des TI soit plus inclusif et qu’il réponde aux besoins de toutes et tous.

Marianne Burkic : Allier santé, jeu et numérique

Marianne Burkic est la fondatrice de Yapouni, un jeu de rôle éducatif destiné aux enfants hospitalisés de 3 à 8 ans et à leur famille. Ce jeu permet de comprendre et d’apprivoiser la maladie, d’appréhender le processus de soin et de le dédramatiser. Au départ, elle a présenté son idée (faisant suite à un bénévolat au sein d’un hôpital pour enfants) lors d’un hackathon en santé (Hacking Health). Avec son équipe, elle a gagné le prix coup de cœur du hackathon. Ce fut le début de l’aventure.  Pour réaliser le jeu, Marianne a fait appel à des expertises en médecine, en animation et en technologie, auxquelles elle a mêlé son savoir-faire du storytelling pour créer un univers immersif et féerique. Aujourd’hui, son entreprise Yapouni.inc développe des jeux éducatifs, mobiles ou physiques, toujours avec ce soucis de répondre créativement aux multiples enjeux de la pédiatrie (prévention, observance, éducation thérapeutique des familles).

Nancy Florence Savard : Pionnière en animation 3D

Nancy Florence Savard est la fondatrice de Productions 10eAve. Pionnière en animation assistée par ordinateur, elle coproduit et réalise le premier long métrage d’animation 100 % canadien présenté au cinéma en 2013 : La légende de Sarila. Avec cette œuvre, elle est la première canadienne à diriger un film d’animation de 80 minutes en 3D. Outre ses nombreuses implications dans des CA (présidente de la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale, administratrice pour l’AQPM et le Musée de la Civilisation), elle est également membre de la Table en Art numérique et divertissement interactif de Québec International. En 2019, elle a reçu le titre de Producteur en cinéma de l’année délivré par l’Association québécoise de la production médiatique.

Mouna Adraos et Melissa Mongiat : Entre installations interactives et expériences collectives

Mouna Adraos et Melissa Mongiat sont les cofondatrices de Daily tous les jours. Basé à Montréal, ce studio de design combine technologie, art numérique, performance, création d’espace et narration pour explorer la collaboration, le futur des villes et le pouvoir des humains. Daily tous les jours est reconnu pour son travail dans l’espace public, qui invite les passants à jouer un rôle critique dans la transformation de leur environnement et de leurs interactions sociales.

Avant cela, Mouna a travaillé sous le nom d’Electronic Crafts, où elle a exploré la relation entre l’électronique en production de masse et l’électronique maison, pour créer des objets ludiques, durables et participatifs. Elle veut démystifier et faire de la technologie un outil social. Melissa a, quant à elle, travaillé à Londres sur une série d’installations interactives publiques de grande envergure. Elle focalise son approche sur la participation et la narration.

Raphaëlle Viau : De la cybersécurité à l’agriculture connectée

Raphaëlle Viau est cofondatrice de IIS – International Innovations & Services, un cabinet de conseil en cybersécurité et ingénierie. Elle est aussi la vice-présidente de Agrilog, une entreprise spécialisée dans l’élaboration et l’intégration de systèmes automatisés pour le marché agricole. Issue d’une famille d’agriculteurs et formée au marketing numérique, Raphaëlle a tout de suite vu le potentiel entrepreneurial du projet sur lequel travaillait son frère Frédéric Viau et Mathieu Phaneuf et s’est jointe à l’aventure. L’entreprise a reçu plusieurs prix et bourses. Ancienne athlète de haut niveau en patinage artistique, Raphaëlle témoigne d’une grande résilience et d’une persévérance contagieuse.

 

Toutes ces femmes inspirent et ouvrent la voie des possibles. Grâce aux nouvelles technologies, il est permis de développer tout type de projets et de laisser libre cours à l’imagination. Les opportunités de carrière sont infinies et les femmes ont à la fois beaucoup à gagner et à offrir en s’y engageant.

Sources

Diagnostic sectoriel 2018 de TECHNOCompétences

Complément  au Diagnostic sectoriel 2018 de TECHNOCompétences

La place des femmes en TI, étude menée par TECHNOCompétences et la Chaire Claire Bonenfant

Femmes en TI : un défi des plus actuels, Julien Baudry, article publié sur le site Datavore

La révolution numérique : une opportunité à saisir pour les femmes, Nicole St-Hilaire, article publié sur le site Jobboom

D’ada Lovelace à Karen Spärck Jones, petite revue des femmes pionnières dans l’informatique, article publié sur le site Journal du Geek

Ada Lovelace, la première programmeuse informatique, vidéo faite par France Culture

The Queen of Code, vidéo réalisée par Compagny Name

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