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Entrepreneuriat féminin : des idées reçues au vécu

Le 27 septembre 2018

Il existe de nombreuses idées reçues sur l’entrepreneuriat féminin. D’une part, on a tendance à le penser comme un bloc homogène. Or, nous l’avons vu dans le précédent article : Entrepreneuriat au féminin : quelle(s) réalité(s) ?, même si certains faits ou obstacles sont plus largement vécus par les femmes, les entrepreneures vivent des réalités multiples.

D’autre part, le poids des représentations socioculturelles agit sur nos perceptions, sur ce que l’on pense être des traits de caractère propres aux femmes ou aux hommes.

Les femmes seraient elles moins aptes à entreprendre ? Bien qu’il y ait de plus en plus de femmes entrepreneures, la culture entrepreneuriale reste dominée par des archétypes dits « masculins ». Dans l’imaginaire collectif, les femmes seraient « naturellement » moins enclines à entreprendre. Cela a deux conséquences majeures : l’autocensure des femmes et la frilosité du secteur à leur faire confiance.

Des perceptions stéréotypées à l’autocensure

Le manque de confiance et l’autocensure sont des obstacles tenaces à l’entrepreneuriat. Ils sont encore plus marqués chez les femmes qui se pensent moins qualifiées pour entreprendre et se mettent elles-mêmes des barrières.

Ainsi, « alors que les femmes voient quasiment autant d’opportunités d’affaires que les hommes dans leur région, elles se perçoivent beaucoup moins compétentes pour démarrer des projets entrepreneuriaux ». ( Situation de l’activité entrepreneuriale québécoise : rapport 2016 du Global Entrepreneurship Monitor, p.58)

L’Indice entrepreneurial québécois 2017 confirme cette tendance en y apportant des éclairages complémentaires. Les femmes de la tranche d’âge 18-34 ans qui ne sont pas dans le parcours entrepreneurial s’excluent systématiquement du processus.

Source : Indice entrepreneurial québécois 2017, p.43

Ces idées reçues ont la dent dure et se retrouvent à tous les niveaux. La même étude menée auprès de jeunes ayant l’intention d’entreprendre met en évidence des perceptions plus similaires chez les deux sexes mais toujours avec cette idée selon laquelle les hommes seraient mieux disposés à l’égard de l’entrepreneuriat.

Perceptions des jeunes ayant l'intention d'entreprendre

Source : Indice entrepreneurial québécois 2017, p.42

[*Ces pourcentages sont la combinaison des réponses « très en accord » et « plutôt en accord » avec l’affirmation que l’un ou l’autre des deux sexes serait avantagé, et que l’absence de stéréotypes ou de préjugés négatifs (équivalente au choix « aucun des sexes ») devrait aplatir les taux de l’accord avec l’avantage pour l’un ou l’autre des deux sexes vers « 0 % ».]

Des entrepreneures compétentes sur le terrain

En revanche, et c’est rassurant, lorsque l’on s’adresse à des entrepreneures, la question des perceptions change. Concernant la perception de leurs aptitudes entrepreneuriales, les écarts se resserrent. Certaines femmes se sentent même parfois plus compétentes que les hommes, notamment les femmes à la tête de grandes entreprises (« Chef de file » pour reprendre la terminologie utilisée par l’Indice entrepreneurial québécois 2017) car pour combattre les stéréotypes et assoir leur légitimité, les femmes doivent bien souvent être encore plus compétentes que leurs homologues masculins.

Source : Indice entrepreneurial québécois 2017, p.64

La confiance semble se bâtir avec le temps et l’expérience.  Ainsi « au contact d’entrepreneures aguerries, les jeunes femmes qui ne sont pas dans la chaîne entrepreneuriale gagneraient véritablement en confiance face à leur propre potentiel ! » (Indice entrepreneurial québécois 2017, p.39.)

Pour déconstruire l’autocensure, la formation et l’accompagnement jouent évidemment un rôle clé mais pour changer les choses en profondeur et combattre les stéréotypes dans leur globalité, c’est tout l’écosystème qu’il faut sensibiliser pour que l’entrepreneuriat se décline pleinement au féminin et que les femmes osent entreprendre librement. Il faut que les investisseurs, les clients,  les collaborateurs ne soient plus frileux ni étonnés de voir une femme à la tête d’une entreprise et ce quel que soit le secteur d’activité.

Sources

Caisse du dépôt et placement du Québec, Institut d’Entrepreneuriat Banque Nationale | HEC Montréal et Léger (2017), Un regard sur l’entrepreneuriat féminin. Indice entrepreneurial québécois 2017 du Réseau M de la Fondation de l’entrepreneurship.

St-Jean, É. et M. Duhamel (2017), Situation de l’activité entrepreneuriale québécoise : rapport 2016 du Global Entrepreneurship Monitor, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières, Trois-Rivières, QC (Canada).


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